L’émeraude décryptée par des chercheurs du laboratoire GeoRessources

GeoRessources émeraudes

GeoRessources: ce nom est peu connu du public. Pourtant, ce discret laboratoire, sous la double tutelle du CNRS et de l’Université de Lorraine, est la seule unité de recherche au monde à pouvoir déterminer avec exactitude l’origine géographique d’une émeraude.

Savoir d’où vient une émeraude est une question récurrente pour les professionnels du secteur émeraude. Et pour cause, son prix peut en dépendre. C’est la raison pour laquelle, depuis des années, de nombreuses recherches ont été faites sur le sujet. Pour Philippe de Donato, directeur-adjoint de GéoRessources et directeur de recherche au CNRS, le travail effectué par son équipe n’a pas d’équivalent dans le monde. “Auparavant, certains ont travaillé sur l’analyse de la couleur d’une émeraude, pensant que l’on pouvait en déduire son origine. D’autres ont examiné les inclusions présentes lors de la formation des gemmes pour développer une classification: triphasées pour les émeraudes de Colombie ou biphasées pour celles du Brésil. Mais très vite, ces méthodes ont prouvé leur limite”. Ni la couleur ni la nature des inclusions ne peuvent, à elle seule, déterminer à coup sûr l’origine d’une pierre.
Pendant des années, Philippe de Donato, Odile Barrès, Ingénieur de recherche CNRS à GeoRessource et le géologue Alain Cheilletz ont travaillé de concert pour mettre au point et breveter une méthode permettant de déterminer, sans doute possible, l’origine géographique précise d’une émeraude, son authenticité, son âge et le type de traitement qu’elle a subi. Des informations essentielles pour tout professionnel du secteur.

Au cœur de l’émeraude : des molécules d’eau

Le travail de l’équipe basée à Nancy va se porter sur l’analyse des molécules d’eau piégées au sein de l’émeraude au moment de sa formation. Ces molécules, 10 000 fois plus petites que le micron, ont été analysées par infrarouge. Les résultats vont révéler une signature unique pour chaque gisement, un véritable code génétique. “Chaque gisement a son propre spectre infrarouge, précise Odile Barrès, pas un n’est identique ». Le travail des ingénieurs du laboratoire nancéien va être très méthodique. Ils vont analyser les émeraudes issues de la cinquantaine de mines répertoriées dans le monde. Le résultat : une base de données rapportant de manière exhaustive, toutes les observations en fonction des lieux d’extraction. Ce procédé, non destructif et pouvant s’effectuer sur pierre montée, ne permet pas uniquement de déterminer le pays d’origine, mais précise la mine exacte d’où la pierre est extraite. A ce jour, ils sont les seuls à pouvoir apporter des résultats d’une telle précision et surtout avec un tel degré de fiabilité.

Une technologie brevetée depuis 1999

Cette technologie, fruit du travail de recherche des ingénieurs de GeoRessources, a été brevetée dès 1999, à l’issue d’une collaboration de recherche avec le joaillier Mauboussin. Le procédé est aujourd’hui connu des principaux instituts de gemmologie. Si le laboratoire, dépendant du CNRS et de l’Université de Lorraine, n’a pas vocation à expertiser les émeraudes, il peut cependant être sollicité pour des demandes précises. Chaque année, quelques gemmes passent ainsi par les mains des chercheurs nancéiens. Ainsi, le laboratoire a récemment permis l’identification d’une émeraude brute de 5 kilos en provenance de Madagascar. Il y a quelques années, il a été sollicité par un grand joaillier suisse qui souhaitait obtenir un certificat d’origine pour une émeraude de Colombie, estimée à plus de 10 millions d’euros. Le résultat de l’analyse ne laissera pas de place au doute. La pierre n’est pas colombienne mais afghane, donc beaucoup moins cotée. On peut imaginer la déception du joaillier. A l’échelle du secteur, ce type d’aventure s’est multipliée ces dernières années. Pourtant, l’équipe nancéienne n’est au final que peu sollicitée au regard de la précision des renseignements qu’elle apporte.

GeoRessources : une technologie unique insuffisamment utilisée

S’ils produisent régulièrement des expertises, leur nombre est moindre. Cela s’explique sans doute par la nature même de GeoRessources, qui est un laboratoire public. Ce n’est ni un institut de gemmologie ni un centre d’expertise. Dans les années 2000, un accord avec la Chambre de Commerce de Paris avait été initié. Il aurait permis une plus large reconnaissance de la découverte scientifique de ce laboratoire. Malheureusement, les discussions n’ont jamais été finalisées. Toutefois, le temps écoulé permet de mesurer l’extraordinaire avancée de cette découverte qui reste en 2018 unique dans le domaine de l’origine géographique des émeraudes.

georessources.univ-lorraine.fr 

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